dimanche 9 avril 2017

Marine Latête, la trumpette de Jericho

La campagne de l'élection présidentielle française se termine lentement. Chacune-chacun essaie de convaincre le cochon d'électeur que la vacuité de ses propos n'a d'égal que la densité de sa pensée...

Parmi les plus convaincus d'une victoire évidente figure Mme Latête, dont je francise volontairement le nom en raison de sa haine et de son mépris de la langue bretonne. Pourquoi son patronyme devrait-il rappeler que le français n'est pas la seule langue indigène de notre bel hexagone ? Quant au surnom de Trumpette, Paul trouvait qu'il identifiait bien cette femme qui se voulait admiratrice du goret américain qui préside désormais à la destinée du Monde Libre.

Cette française plus française que les autres et que nous tous, probablement au nom de l'histoire de ses ancêtres plus Gaulois que les Gaulois, nous rappelle fréquemment ce que sont les vraies valeurs de l'Occident que nous aurions oubliées. Nous écoutons attentivement, comme de bons élèves.

Le burkini est contraire à nos traditions. Le voile des femmes est contraire à nos traditions. La séparation des hommes et des femmes dans la vie sociale est contraire à nos traditions.

Paul écoutait, lisait, regardait, comparait. Ce qui était insupportable avec lui, c'est qu'il avait toujours besoin de vérifier. Cette méfiance qu'il avait a priori de ce que disaient les penseurs profonds était horripilante, il le savait mais ça n'avait pas d'effet sur lui.

Si Madame Latête disait la vérité, c'est que Paul avait forcément mal observé la société quand il était enfant, période qui ne remontait pourtant pas à la bataille de Poitiers en 732... Pourquoi, quand il allait à la messe catholique en compagnie de sa mère, celle-ci s'imposait-elle de se couvrir d'un fichu ou d'un chapeau ? Mieux : lors de cérémonies religieuses particulières dont il mesurait alors l'importance, sa mère portait une mantille qui rendait flous les traits de son visage. Tout ceci relevait d'une mauvaise observation.

Pourquoi, lui semblait-il, les hommes s’installaient-ils du côté droit de l'allée centrale tandis que les femmes et les enfants se regroupaient à gauche ? Un souvenir erroné, probablement...

Il lui arrivait de vivre en dehors de l'église de son village, en des horizons plus riants et jusqu'à la côte de Plougrescant aux odeurs de goémon séché, ballotté par le roulement sourd des galets. Ses souvenirs forcément anciens et déformés avaient imprimé la mémoire de maillots de bain stricts et pudiques. Quelle femme, quelle sœur, quelle mère aurait osé montré sa silhouette, la peau de son ventre ou la naissance de ses fesses ? Le maillot était intégral, afin de protéger les valeurs essentielles de la morale imposées alors par la religion...


Mais il s'agissait, là encore, de souvenirs erronés et déformés de tenues contraires à la liberté que permettait alors et depuis toujours la culture française issue de nos racines gauloises. Madame Latête avait sans doute raison, il convenait aujourd'hui d'interdire le burkini, cette tenue immorale tellement contraire à l'histoire de notre belle nation...


Mais si on interdit le burkini, doit-on en même temps interdire la survie de notre mémoire ?

Car il en faudra, des trompettes de Jéricho, pour que les murailles épaisses de nos souvenirs commencent à se fissurer.

Yann
Soñjoù




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