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lundi 24 juin 2013

La liste de mes envies

Que feriez-vous si, dans la paix de votre vie quotidienne, vous emportiez  brutalement la cagnotte de l'Euromillions ? En moins de deux cents pages qui se lisent d'une traite, Grégoire Delacourt (éd. J.Cl. Lattès) nous raconte une histoire simple en apparence, mais qui nous prend par la main et nous questionne durablement.

Un prétexte pour se demander à soi-même ce que l'on cherche vraiment, ce que l'on souhaite, ce dont on a envie et ce dont on a besoin. Ce qui est nécessaire, ce qui est en trop, ce qui est dangereux, ce qui est mortel.

On sait depuis longtemps que l'argent ne fait pas le bonheur : observer les riches nous le démontre chaque jour. Mais on ne sait pas toujours être au clair avec soi-même sur la source profonde de son propre bonheur : la chance peut vous faire gagner le gros lot de de la Française des Jeux et vous emporter à jamais dans la véritable découverte de vous-même, des autres, de ceux que vous aimez, de leurs vérités et de leurs mensonges, de leur fidélité et de leurs trahisons minables, de leur beauté et de leur face hideuse.

La richesse inattendue agit comme un révélateur : elle provoque dans son sillage, selon ce que vous attendez de la vie, la réflexion salutaire ou la désolation.

Yann, Soñjoù ar meilher.


vendredi 24 juin 2011

On Chesil beach

Un jeune couple de fiancés, qui vient juste de se marier. Edward et Florence ont su respecter jusqu'à ce jour les règles élémentaires du flirt, des fiançailles, du mariage. Ils arrivent naturellement vierges à leur nuit de noces.

Nous sommes dans l'Angleterre du début des années 60, avec ses préjugés et ses tensions culturelles et sociales. Quelque part entre l'austérité victorienne dominante des familles éduquées et bien-pensantes, la spontanéité un peu rustre d'un jeune instruit en mal de reconnaissance dont l'attitude trahit pourtant l'origine rurale, et l'arrivée prochaine, que l'on imagine, de la déferlante culturelle et de la libération sexuelle de la fin de la décennie.

Une nuit. Une seule nuit aura suffit à rompre définitivement ce couple, traversé puis brisé par les attentes sociales et physiques accumulées et incomprises de chacun, par les malentendus, par les rancœurs , par les règles du savoir-vivre, par la conception de ce que chacun se fait de l'amour.

Cette explosion, cette combustion si rapide de tant de promesses vaines et sincères, conduit Edward et Florence à déchirer l'avenir qu'ils avaient dessiné, chacun dans sa tête. Une seule maladresse aura eu raison d'un lien que l'on croyait noué pour la vie. Cette déchirure, la nuit sur la plage de Chesil, apparaît étrangement  aussi inattendue que normale.

L'écriture de Ian McEwan est brillante, précise, ciselée. Ce roman (Sur la plage de Chesil, éd. Gallimard) se lit d'une traite. Il est un collier magnifique d'accélérations et de lenteurs calculées.

"Lorsqu'il pensait à elle, il n'en revenait pas d'avoir pu laisser partir cette jeune femme et son violon. A présent bien sûr, il se rendait compte que sa proposition de s'effacer pour lui laisser sa liberté était assez insensée. Elle voulait juste avoir la certitude qu'il l'aimait, être rassurée, l'entendre dire que rien ne pressait puisqu'ils avaient la vie devant eux. Avec de l'amour et de la patience - si seulement ils avaient avoir pu les deux en même temps -, sans doute auraient-ils surmonté cette épreuve ensemble. Qui sait alors quels enfants jamais nés auraient pu avoir leur chance, quelle gamine avec un bandeau dans les cheveux aurait pu devenir sa fille chérie ? Voilà comment on peut radicalement changer le cours de sa vie : en ne faisant rien. Sur la plage de Chesil il aurait pu appeler Florence, s'élancer pour la rattraper. (...) Au lieu de quoi il était resté là, glacial et muet, sûr de son bon droit, dans ce crépuscule estival, à la regarder fuir le long de la grève, tandis que le bruit de sa course laborieuse se perdait dans celui du ressac, jusqu'à ce qu'il ne reste plus d'elle qu'un point flou, toujours plus petit, sur l'immense route de galets, droite et luisante dans la lumière blafarde. "
Ar Meilher, Les pensées du meunier.

jeudi 2 juin 2011

La libellule et le philosophe

 

Alain Cugno est un homme divisé en deux parties jumelles, que tout oppose mais qu'il se propose de réconcilier : il est à la fois philosophe et naturaliste.

La libellule et le philosophe (éd. L'iconoclaste, 2011) est un écrit difficile à définir.C'est à la fois un carnet d'observation des Odonates et autres libellules dont il s'est fait une passion, mais aussi un recueil de pensées philosophiques issues des formes, de la biologie, des comportements de ces insectes des mares et des rivières.

L'exercice était risqué. Le danger, incomplètement évité, était de décevoir le lecteur potentiel, en philosophant à la petite semaine tout en laissant le naturaliste sur sa faim. Bref, à courir en vain deux lièvres à la fois et à tenir des propos simplifiés et approximatifs.

Alain Cugno s'en sort plutôt assez bien, et c'est finalement une heureuse surprise.
Le naturaliste devra sans doute fermer les yeux avec bienveillance sur des considérations qui n'engagent que l'auteur. Non, le naturalisme ne peut être réduit à la taxonomie, même si elle en constitue un préalable nécessaire : savoir de quelle espèce on parle est certes indispensable, mais n'impose pas de devoir se limiter au seul exercice délicat et souvent aride de la détermination. Le naturalisme d'aujourd'hui va plus loin que  l'Histoire Naturelle de nos grands-parents, et comprendre l'organisation de la vie végétale, par exemple, va heureusement au-delà des longues et hasardeuses séances de consultation de la Flore de Gaston Bonnier. Sauf à faire de l'amoureux du vivant un médecin légiste malgré lui des plantes et des animaux.

Mais l'ouvrage contient des réflexions belles et sensibles. L'évocation de la vie de ces insectes vifs en couleurs, toujours en mouvement, fins comme des aiguilles de métal, faussement paisibles, à la sexualité si acrobatique, suscite des pages très réussies.

Le vol de la libellule, cette présence qui n'est que parce qu'elle est départ :
En eux [les vols des libellules] en effet, même s'il s'agit d'un inlassable va-et-vient, rien d'autre qu'un départ. Les libellules ne volent pas, elles s'en vont - toujours. Leur présence est leur départ. Elles nous quittent. Ce ne sont pas ceux que nous aimons le moins dont, secrètement, nous attendrons qu'ils s'en aillent parce qu'alors, et alors seulement, nous mesurerons ce qu'ils sont pour nous, au moment même où ils retournent à leur élément, là où ils existent sans nous - don suprême et absolu de leur présence. Et déjà, quand ils sont là, se creuse l’anticipation de leur absence.
La métamorphose des Odonates, si spectaculaire (la larve, carnassière et hideuse, vit plusieurs années au fond de l'eau avant de sentir l'appel de l'air et la nécessité de se transformer en libellule) est une occasion réussie d'évoquer l'origine même de la perfection. 
[Contrairement aux Lépidoptères qui connaissent une transformation radicale de chenille en imago] les libellules ne connaissent pas ce moment d'absolue confusion d'où renaître. On ne peut pas désigner le processus qui permettrait d'identifier leur origine. Elle ne naissent pas de la larve, puisqu'elles l'emportent avec elles, si l'on peut dire. elles n'en sont pas non plus la simple transformation, puisqu'elles abandonnent sur place ce qu'elles furent. Il faut se rendre à l'évidence : elles naissent d'un ailleurs qui est leur propre perfection. (...) C'était assurément ce qu'il y avait de plus émouvant dans mon métier de professeur : assister à l'éclosion d'étudiants naissant, parfois en plein cours, parfois à l'occasion d'une dissertation, à leur propre pensée. (...) Une certitude alors : il (elle) ne provenait pas, ne provenait plus, de son enfance telle que l'avaient connue ses parents (ni de mon enseignement !) mais d'un ailleurs qui était sa propre perfection.
Quant à la promesse d'éternité, qui est notre quête de vie, Alain Cugno nous en assure :
(...) la gloire éphémère des libellules, identique de saison en saison, promet tout autre chose que la répétition : sous l'apparence de la redite, elle affirme qu'un jour l'éternité sera présente, que ce qui est neuf ne vieillira plus. Déjà, toute la nouveauté des saisons prochaines vole en même temps que chaque couple de libellules.
Ar Meilher, Les pensées du meunier.



 

dimanche 1 mai 2011

L'épaisseur des âmes

Colm Tóibín est un auteur irlandais qui a plutôt le vent en poupe chez lui et aux États-Unis, mais qui reste encore peu connu de ce côté-ci de la Manche. Ses écrits retracent généralement des ambiances tendues, parfois dramatiques, dans des contextes historiques souvent douloureux : émigration irlandaise, guerre des Malouines, histoire récente de l'Irlande, crise de l'Eglise... Chaque ouvrage est pour Colm Tóibín l'occasion de visiter les rapports entre femmes et hommes, entre générations, entre frères et sœurs.

Dans L'épaisseur des âmes, ensemble de nouvelles publié en 2008, l'auteur a choisi d'évoquer la relation mère-fils, dans des contextes très divers mais avec le parti-pris d'une conclusion constante : cette relation est porteuse d'attentes qui, par leurs excès, ne peuvent conduire qu'à la déception ou au conflit.


Ce recueil de neuf nouvelles est une chaîne d'écrits où l'incompréhension et la désillusion de la relation entre mère et fils constituent un fil directeur constant, et un prétexte à la visite de l'âme humaine.
Dans L'usage de la raison, c'est un cambrioleur inculte, prêt à brûler un Rembrandt pour se sortir d'un mauvais pas policier, qui est trahi par sa mère ivrogne un jour de pleine ébriété. Dans Une chanson, un jeune amateur de musique irlandaise, bien connu dans les pubs de Clare et de la région pour les concerts qu'il donne régulièrement en soirée avec ses copains, découvre sans y être prêt sa propre mère inconnue de lui, célèbre chanteuse émigrée en Angleterre, et dont il attend depuis si longtemps un geste de reconnaissance, une parole maternelle, un simple regard qui ne viendra pas. Le ticket gagnant retrace la façon dont Nancy, récemment veuve, élevant dignement ses deux filles et son fils à la tête d'une épicerie dont elle assure désormais la direction, s'adapte courageusement aux circonstances dramatiques de sa vie en s'émancipant peu à peu du regard réprobateur de sa petite ville. Son énergie farouche, à l'origine de tant de jalousies locales, la conduira à la fois à une vie matérielle plus confortable à Dublin, mais aussi à la trahison de son propre fils Gerard, adolescent courageux et talentueux prêt à reprendre l'affaire familiale, tellement investi dans la réussite sociale de sa mère qui se retourne désormais contre lui.


L'environnement dans lequel évolue l'écriture de Colm Tóibín est sombre et tendu, mais cette tension n'est qu'un procédé pour visiter le lien filial entre deux âmes, à la fois unies et isolées.

Au-delà de l'intention et du thème qui font la force de ce recueil, l'écriture déçoit un peu. Le style était annoncé comme "envoûtant" par certains critiques. Nous en sommes sans doute assez loin, et ce pourrait être là une faiblesse de l'ouvrage. Mais c'est peut-être aussi, pour l'auteur, une façon de contribuer involontairement à la mesure de l'exacte épaisseur des âmes...

Ar Meilher, Les pensées du meunier.

samedi 29 janvier 2011

Neige

La neige possède cinq caractéristiques principales.
Elle est blanche.
Elle fige la nature et la protège.
Elle se transforme continuellement.
Elle est une surface glissante.
Elle se change en eau.
(...)
Yuko, lui, voyait dans sa compagne cinq autres propriétés, dont son talent artistique se satisfait entièrement.
- Elle est blanche. C'est donc une poésie. Une poésie d'une grande pureté.
Elle fige la nature et la protège. C'est donc une peinture. La plus délicate peinture de l'hiver.
Elle se transforme continuellement. C'est donc une calligraphie. Il y a dix mille manières d'écrire le mot neige.
Elle est une surface glissante. C'est donc une danse. Sur la neige tout homme peut se croire funambule.
Elle se change en eau. C'est donc une musique. Au printemps, elle change les rivières et les torrents en symphonies de notes blanches.

- Elle est tout cela pour toi ? demanda le prêtre.
- Elle représente bien plus encore.
Cette nuit-là, le père de Yuko Akita comprit que le haïku ne suffirait pas à remplir les yeux de son fils de la beauté de la neige.
Maxence Fermine, Neige.

Neige n'est pas un roman, malgré son titre. C'est un bref texte poétique, où se mêlent et se croisent ensemble les éléments de la nature et les liaisons amoureuses. Chacun d'entre nous cherche et admire sa propre neige, éblouissante de pureté, puissante et dangereuse comme la falaise, fragile comme un modeste flocon au soleil.

Ar Meilher, Les pensées du meunier.

dimanche 9 janvier 2011

Dieu ou rien ? Traité de l'enthousiasme

Le grand mystère est qu'originellement, il n'y a aucun mystère. Tout est parfaitement simple et évident. Tout est Un. fondamentalement rien (étymologiquement "non-chose", c'est-à-dire non-distinction du tout en choses séparées). L'entropie du discours et, subséquemment, l'ésotérisme religieux, philosophique et scientifique ont fini par obscurcir le message initial, celui des Anciens, si limpide, "tout est un et tu es cela", jusqu'à le rendre aujourd'hui illisible. Le mystère de la vie n'est au fond pas un problème à résoudre intellectuellement mais une réalité à expérimenter : l'unité du moi et du monde, la saisie poétique du moi-monde.
Hervé Collet (Dieu ou rien ? Traité de l'enthousiasme, éd. La Martinière) nous livre des réflexions essentielles et accessibles, illustées d'haikus brefs et puissants. Il faut prendre le temps de lire et de relire, à pas comptés, comme on prend le temps de savourer le bonheur si éphémère d'exister.
 
Les scientifiques ne répondent pas à la question de ce qu'est la vie. Qui oserait penser raisonnablement que la double hélice d'ADN, les cytochromes, les mitochondries ou la photosynthèse constitue la moindre réponse à la nature de la vie ? La biologie est une science du comment, et ne peut être que cela.

Les religions monothéistes, quant à elles, imposent à l'interprétation de la vie la vision d'un Père créateur, extérieur et supérieur. Comme le souligne Hervé Collet :

La conception monothéiste de dieu comme souverain suprême, sur le mode monarchique hérité de l'Égypte ancienne, vient de l'incapacité poétique à concevoir le tout dont chacun d'entre nous est la manifestation.
Si nous sommes un, alors pourquoi dieu ?
Le mot dieu cherche à traduire une expérience : celle de l'illumination intérieure, quand la lumière irradie à partir de notre cœur et que tout devient parfaitement clair et lumineux. Quand le paysage ruisselle de sacralité. Cette expérience illuminante est enthousiasme (être en dieu) et apothéose (être parmi dieu), quand nous découvrons que dieu n'est autre que nous-mêmes en habit de lumière. Se manifeste alors notre aura, c'est-à-dire notre halo d'or. Et se déploie notre charisme, c'est-à-dire notre grâce.

(c) Photo Jonathan Charles

Ar Meilher, Les pensées du meunier.

lundi 5 juillet 2010

Veronika

"Ta grand-mère a dit que la femme foulait ce serpent car l'amour doit dominer le Bien et le Mal. C'est une jolie interprétation romantique, mais ce n'est pas du tout cela : j'ai déjà vu cette image, c'est une des visions du Paradis que j'imaginais peindre. Je m'étais déjà demandé pourquoi on représentait toujours la Vierge ainsi.
- Et pourquoi ?
- Parce que la Vierge, l'énergie féminine, est la maîtresse du serpent, qui signifie la sagesse. Si tu observes la bague du Dr Igor, tu verras qu'elle porte le caducée, symbole des médecins : deux serpents enroulés sur un bâton. L'amour est au-dessus de la sagesse, tout comme la Vierge est au-dessus du serpent. Pour elle, tout est Inspiration. Elle ne s'embête pas à juger ce qui est bien et ce qui est mal.
- Tu veux savoir ? reprit Veronika. La Vierge ne s'est jamais intéressée à ce que les autres pensaient. Imagine, devoir expliquer à tout le monde l'histoire du Saint-Esprit ! Elle n'a rien expliqué, elle a seulement dit : "C'est arrivé ainsi." Et sais-tu ce que les autres ont du répondre ?
- Bien sûr, qu'elle était folle ! "
Ils rirent tous deux. Veronika leva son verre.
"Félicitations ! Au lieu de parler, tu devrais peindre ces visions de Paradis.
- Je commencerai par toi", répliqua Eduard.

Paulo COELHO, Veronika décide mourir.

Veronika a décidé de mourir. L'autre Veronika est en train de naître. Et nous, qu'avons-nous décidé ?

Ar Meilher, Les pensées du meunier.

jeudi 8 octobre 2009

L'alchimiste


"Je suis vivant, dit-il au jeune homme, tout en mangeant une poignée de dattes, dans la nuit sans lune et sans feu de camp. Et pendant que je mange, je ne fais rien d'autre que manger. Quand je marcherai, je marcherai, c'est tout. Et s'il faut un jour que je me batte, n'importe quel jour en vaut un autre pour mourir. Parce que je ne vis ni dans mon passé ni dans mon avenir. Je n'ai que le présent et c'est lui seul qui m'intéresse. Si tu peux demeurer toujours dans le présent, alors tu sera un homme heureux. Tu comprendra que dans le désert il y a de la vie, que le ciel a des étoiles, et que les guerriers se battent parce que c'est là quelque chose d'inhérent à la vie humaine. La vie alors sera une fête, un grand festival, parce qu'elle est toujours le moment où nous sommes en train de vivre, et cela seulement".

Paolo COELHO, L'Alchimiste.

mardi 10 mars 2009

Un aller simple

"Un soir où il déprimait à la bière, je lui ai raconté une des légendes de mon atlas. Ca se passait à Cuba, c'était l'histoire de José Luis, un garçon de notre âge qui chaque nuit devenait un jaguar, grâce à la magie vaudou qui apprend à sortir de ses rêves sous la forme que l'on veut. Et il consacrait ses nuits, José Luis, à essayer de séduire une femelle jaguar qui ne voulait pas de lui. Il était très malheureux et, au lieu de faire son travail de jaguar, chasser pour nourrir ses petits, il sombrait dans le désespoir - et de même pendant la journée, où il négligeait de couper sa canne à sucre pour soupirer après la femme d'un autre - si bien qu'à la fin les esprits vaudou en ont eu marre, et un matin on a retrouvé José Luis, sur son lit, dans son corps d'homme, dévoré par le jaguar de ses rêves.
Pignol avait haussé les épaules en disant que j'étais un utopiste. Ca m'avait déçu qu'il ne comprenne pas le sens de mon histoire, qui était pourtant clair : si on se laisse aller au désespoir, on finit mangé par les rêves qu'on a vécus de travers.
J'ai quand même cherché "utopiste", dans les dictionnaires de la FNAC. C'est un M. Morus qui a inventé ce nom en 1516, d'après les mots grecs signifiant "qui n'existe en aucun lieu". C'est agréable. "

Didier van Cauwelaert, Un aller simple.