dimanche 14 octobre 2012

Nos mers intérieures


Photos JMR
Il est des rideaux de fer qui traversent nos villes et qui nous emprisonnent à notre insu, dans notre ignorance de l'autre et la vanité de nos jours.






Parfois, un cri muet déchire le silence de nos rues,
message d'amour à qui veut le saisir,
écrit pour qui saura le lire,
comme une fragile bouteille jetée par un inconnu dans nos mers intérieures.



Yann, Soñjoù ar meilher.

mercredi 19 septembre 2012

La voie de garage

Photo JMR


A défaut de servir à l'actualité agitée et souvent vaine des hommes, la voie de garage est un lieu empli d'esprit et de quiétude où la nature profonde reprend ses droits.

Yann, Soñjoù ar meilher.

mardi 24 juillet 2012

Un droitier contrarié

Paul posa son stylo. Cela faisait deux heures qu'il écrivait, et son poignet gauche lui demandait de ralentir le rythme. Il se leva, alla à la fenêtre et contempla l'étang au fond de la prairie. La surface de l'eau brillait au soleil. Un héron surpris de cette présence soudaine à la fenêtre étira mollement ses ailes et monta très lentement entre les frondaisons.

Pour soulager son "poignet d'écriture", comme il le surnommait parfois, il lui suffisait de changer d'activité. Tous ses gestes en effet, hormis celui d'écrire, étaient réalisés de la main droite. D'après certains, cette particularité lui permettait de mieux exploiter toutes les ressources de son cerveau. D'après d'autres, cela lui permettait selon les situations d'être comptable ou poète. Enfin, quelques connaissances lui certifiaient que cela lui donnait la possibilité d'exprimer à tout instant son animus et son anima, sa part masculine et sa part féminine.

Paul laissait dire tout cela avec un brin d'amusement. Comptable ou poète, on lui disait aussi cela quand il faisait savoir qu'il était poisson ascendant vierge. Quant aux parts respectives d'homme et de femme qui sommeillaient en lui, il en avait une petite idée mais il la gardait pour lui.

La situation n'était pas simple. Paul était donc gaucher mais aussi droitier et bien incapable de couper du papier avec des ciseaux pour gaucher, ou de déjeuner avec des couverts inversés. Pourtant, depuis toujours, il dessinait et écrivait de la main gauche. Depuis qu'il savait se saisir d'un crayon et donner de la couleur à une feuille de papier tristement blanche. Depuis qu'il dessinait des bonshommes têtards, des maisons avec une cheminée qui fume, depuis qu'il écrivait son prénom avec une plume sergent-major copieusement trempée dans un petit encrier de verre encastré dans son bureau d'écolier.

A l'âge de trois ans, Paul avait frôlé de peu son départ de la vie terrestre. Admis aux urgences de l'hôpital St-Joseph avec une fièvre de 42°C, tandis qu'une septicémie lui avait rongé de l'intérieur la tête de son humérus droit. Des microbes travaillaient à la destruction de leur hôte et lui avaient retiré tout mouvement possible de l'épaule droite. Cette avancée rapide de la mort, qui traduisait une excellente santé des bactéries, fut contrariée contre toute attente par l'effet conjugué de l'expérimentation d'un nouvel antibiotique parfaitement inconnu et de la science du Dr Bédouelle. Ce médecin s'attacha durant des années à suivre la renaissance de l'humérus sur les décombres d'un champ de bataille intérieur dont l'issue avait basculé favorablement à la dernière seconde.

Paul savait tout cela. Il se souvenait de la venue des infirmiers, de l'ambulance, des couvertures beiges dans lesquelles on l'avait transporté. Il se souvenait du plafond des couloirs de l'hôpital et de leur réseau de tuyaux, de sa chambre stérile, de la grande vitre à travers laquelle sa famille communiquait. Ceux qui disent qu'on ne peut pas se souvenir de sa vie à trois ans racontent des bêtises.

Mais au-delà de ses souvenirs dont le moindre détail était encore présent, Paul se souvenait surtout qu'il était un droitier contrarié. C'est la mort si proche qui lui avait attribué cette particularité et chaque fois qu'il prenait son stylo pour écrire, ou son crayon pour dessiner, il se rappelait qu'il portait en lui la trace tangible et quotidienne de notre finitude. Comme une présence permanente de bon aloi. Pas un rappel morbide et constant de la mort, non, juste le souvenir dans le poignet gauche que la fin fait elle-même partie de la vie.

Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 24 juin 2012

Fionnuala Gill - Deus Meus (Adiuva Me)

Kanañ da Zoue, kanañ d'an Neñvoù... Ar ganaouenn-mañ bet kanet e gouezeleg hag e latin en ur c'hemeskañ an div yezh e hirvoudoù ha leñvadennoù o sevel ken uhel a-us deomp...

Cette complainte du XIIIème siècle est chantée en gaélique et en latin, dans des torsades de langues celtique et romaine qui se mêlent et se fécondent en emplissant le Ciel...

Composed by Maol Iosa O'Brolchain (monk Columban foundations in Ireland and Scotland). Written in Gaelic and Latin. 





Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 17 juin 2012

Ur feunteun a garantez

E kreiz kêr vras Paris ez eus ur feunteun dous, feuteun Medicis a reer anezhi. Kuzhet nepell eus ar boulouard trouzus, dindan delioù gwez brav liorzh al Luxembourg.

An dour a red goustadik er poullig, hag an amourouzien a ziskuizh goude merenn hag un noz pe ur vintin a garantez. Sioul an dud, sioul an aer nemet richan al laboused ha grougous an durzhunell. Piv a oar e vo lazhet tuchant Acis gant Polypheme an unan-lagadeg, rak e garantez vras evit Galathea ?

Galathée dans les bras d'Acis (photo JMR)
 Il reste encore des lieux en dehors du temps, et la fontaine Medicis en est un. Elle attire encore et toujours depuis des siècles les amoureux, les peintres et les poètes. Le bruit se fait chuchotement, les étreintes se font silence. Il paraît qu'il y avait des élections, aujourd'hui ?

Yann, Soñjoù ar meilher.

samedi 21 avril 2012

The secret life of words


Quelque part au large de l'Irlande du Nord, une plateforme pétrolière accidentée et bientôt abandonnée. Ne restent là que les derniers hommes qui attendent sa fermeture prochaine. Réunis sur un même espace de métal éloigné des côtes et rossé par le vent et les vagues, ils tuent le temps. Dans une chambre, un blessé attend son évacuation prochaine. Brûlé gravement au visage et provisoirement aveugle, Joseph (Tim Robins) vit dans un isolement visuel et une extrême sensibilité aux sons. Les mots constituent pour l'heure le seul univers possible de son corps endolori et immobile.

Hanna (Sarah Polley), infirmière volontaire est venue de loin lui prodiguer les soins nécessaires avant le prochain départ pour l'hôpital. Sourde, elle est murée dans le silence de son âme. Tout sépare les deux êtres, la soignante et le soigné.

Isabel Coixet est une cinéaste dont l'extrême sensibilité avait déjà été révélée dans Ma vie sans moi. Par le dialogue difficilement établi entre Joseph et Hanna, à la fois grave et drôle, par touches impressionnistes et progressives, elle tisse peu à peu une confiance et une intimité énigmatique jusqu'à la révélation finale qui est un pur éblouissement : le drame du film n'est pas là où on l'attendait, et le soin devient partage entre les deux héros par le truchement des mots qui libèrent.

Des mots chuchotés, susurrés, comme des caresses indispensables. Des mots trouvés dans les Lettres d'une religieuse portugaise, des mots volés et écoutés en boucle sur un téléphone portable à l'insu du blessé, des mots pour comprendre l'autre, des mots pour tenter de dire l'indicible de la vie, de ses errements, de ses horreurs, de ses espoirs.


Fallait-il un épilogue au film ? Certains ont trouvé inutiles les dix dernières minutes, d'autres les ont vécues comme un nécessaire retour au calme, proche pour les héros d'une nouvelle naissance à eux-mêmes.

Ce film déjà ancien (2006) et un peu oublié méritait bien sa récente rediffusion sur la 7. A voir et à revoir, à entendre et à réentendre. A chuchoter.

Yann, Soñjoù ar meilher.

vendredi 20 avril 2012

Left in peace

Mouezh (voice) : Karen Matheson.


A silent sea round Inishfree Bay
Lay the salty road you're bound to take
A mighty blue sky clears on Bub Beg
As all your friends get head down and pray

And there's no sign of worries
There's no sign of fear round here
And so will remain
Just a sound of farewell
The whispers of the tears restrained
Deep in your eyes

Left in store the will and the thoughts
We shall saw here and there on the way
Left in peace your troubles and doubts
And the wrong turn you happened to take

May you rest so still and guide us as we drift away
Riddled by change
Now we've settled the waiting
The distance between you and us
Our convalescence

A silent sea round Inishfree Bay
Lay the salty road you're bound to take
A mighty blue sky clears on Bub Beg
As all your friends get head down and pray

And there's no sign of worries
There's no sign of fear round here
And so will remain
Just a sound of farewell
The whispers of the tears restrained
Deep in your eyes

Left and played the tunes
We will share now as your heritage
Left the laughs the tears we restrain
In the land of no fear and no age

May we give our lives a chance to wash away the pain
But never forget
You're still here round us
And so you're bound to stay for long
So long and farewell

dimanche 15 avril 2012

Le forgeron du petit matin


La mésange,
Ce petit forgeron
Qui martèle courageusement sur son enclume
Dans le silence du matin.

Yann, Soñjoù ar meilher

samedi 24 mars 2012

Gregory Crewsdon, la photographie entre peinture et cinéma



 A mi-chemin entre la peinture d'Edward Hopper et le cinéma d'Alfred Hitchcock, l’œuvre photographique de Gregory Crewsdon transcende résolument la question du support. Peu importe que le spectateur soit placé devant une toile ou un écran, et la classification habituelle du média serait un enfermement de botaniste.

 Nous sommes témoins d'une scène instantanée, immobile et pesante, dont le sens nous échappe car nous n'avons pas vu le début du film et nous n'en verrons pas la fin. Le génie de Crewsdon est là : sur la base d'une scène ordinaire, nous donner à imaginer le scénario que seul notre intime peut créer. Et la galerie de Luhring Augustine à New-York qui présente son œuvre pourrait utilement proposer le divan du psychanalyste en lieu et place de son mobilier conventionnel.


  Crewsdon maîtrise la technique picturale à un niveau exceptionnel, qui contribue fortement à susciter la surprise et l'émotion. Les moyens qu'il met en œuvre sont à la hauteur de l'objectif visé : échapper définitivement à la raison pure.

Yann, Les pensées du meunier.
       
  

dimanche 18 mars 2012

2012 - Not The End Of The World

 Er bloavezh 1992, da geñver emvod uhel ar Bed e Rio aozet gant UNO (Kevredigezh ar Broadoù Unantet), ur plac'h yaouank 12 bloaz he oad he deus gomzet dirak tud vras ar bed hag a oa aze da zoñjal da dazont an Douar. Hec'h anv oa Severn Cullis-Suzuki.

Ur plac'h kalonek eo, o komz he-unan hag o c'houlenn d'an dud vras da hastiñ buan 'vit cheñch an traoù, peotramant e vo kollet da viken plijadur bevañ war an douar gant ar vuhez, an anevaled, ar gwez hag al louzoù a zo ganeomp, hag a vo aet da goll. Kollet da viken evit hor bugale, hag evit bugale hor bugale...
"I am only a child," a laras dezho. "Yet I know that if all the money spent on war was spent on ending poverty and finding environmental answers, what a wonderful place this would be. In school you teach us not to fight with others, to work things out, to respect others, to clean up our mess, not to hurt other creatures, to share, not be greedy. Then why do you go out and do the things you tell us not to do? You grownups say you love us, but I challenge you, please, to make your actions reflect your words".


Severn hag a oa ur bugel, a zo-hi bremañ ur vaouez wirion. Chom a ra bepred er C'Hanada, ha nerzh enni da genderc'hel he stourm, hag a zo hor stourm...

It is not the end of the world... Trugarez da DJ Laurent Wolf evit e sonerezh !



Severn he deus aozet dek bloaz 'zo ar thinktank bet anvet The Skyfish Project. Ugent bloaz goude emvod Rio, petra 'zo bet graet ganeomp e gwirionez, nemet ar brezel en Iraq, ar petrol er mor hag an dour ken rouez da evañ ?

Yann, Soñjoù ar meilher.