lundi 1 septembre 2014

Éloge de la diversité

Le rouleau compresseur avance un peu plus chaque jour.


Tandis qu'une monoculture imposée de l'esprit tronçonne régulièrement les branches des vieux arbres enracinés dans l'origine du Monde, nous assistons à l’appauvrissement de la diversité humaine.
Bien avant l'irruption des fast-foods dans notre quotidien, bien plus gravement que la domination des semences de Monsanto qui impose ce que doit être le génome unifié de nos productions agricoles, de la Zambie au Tadjikistan, l'espèce humaine s'est dotée des moyens de sa propre destruction.

Nous connaissions l'horreur de l'existence des chambres à gaz, des bombes d'Hiroshima et de Nagasaki, des conflits d'hier et d'aujourd'hui.

Mais il est des pertes humaines discrètes, minuscules, dont personne ne parle... Qui s'exprime encore aujourd'hui en Wukchumni ? Qui peut attester aujourd'hui du génie propre de cette langue utilisée par moins de 150 personnes, héritières des grandes peuplades indiennes dont les chants faisaient avant-hier vibrer les plaines de la Californie ?

Une étoile s'éteint en silence dans le firmament de notre culture. 

Je refuse que le Monde de nos petits-enfants soit celui d'une langue unique, d'une culture unique, d'une télévision unique, d'un Internet homogénéisé. Je refuse qu'on se taise sur la mort d'un chef d'oeuvre. Je refuse l'anéantissement du génie humain et de sa diversité. Je refuse qu'en vingt ans, la force de l'ignorance puisse anéantir ce que l'Homme a construit en deux millénaires...

Car c'est de la fécondation des différences que naît l'éblouissement.

Je suis né rebelle, je mourrai rebelle.





Yann, Soñjoù.

dimanche 9 février 2014

Soldat






Augustine, le prénom de ma propre grand-mère... Et mon grand-père Jean-Baptiste au front, de retour bientôt... ou plus tard. Couché à terre dès le début de la guerre, dans la Marne, un éclat d'obus dans les reins. Ne se souvenant de rien, ayant juste à dire que les Boches en ont vu de pires encore... Dieu, que la guerre est laide et que ce clip est beau !


Yann, Soñjoù.

lundi 3 février 2014

Aimer

« Aimer, c'est essentiellement vouloir être aimé. »

Jacques Lacan (1901-1981)


"Vous avez quatre heures. On ne sort pas avant la fin de la première heure. On range sa calculatrice. Et j'aimerais un peu de silence là-bas..." ordonna le surveillant de salle.

Les meilleures conditions étant enfin réunies pour aborder sereinement la question posée, le public adolescent présent dans la salle d'examen put se concentrer peu à peu sur un sujet dont le seul enjeu consistait à obtenir une bonne note. L'amour, on verra après.


Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 2 février 2014

Prison

Luis Royo est un dessinateur espagnol célèbre pour ses portraits inquiétants, maléfiques, parfois sensuels, toujours impressionnants.

Son univers est peuplé de femmes souvent engagées dans des combats contre des dragons ou des guerriers, dans une éternelle pénombre où veille un danger permanent.


Le monde qu'il nous dépeint n'est pourtant pas aussi imaginaire qu'on pourrait le penser. Il est des jours, peu différents des autres, où l'on se dit que nous sommes, nous aussi, des êtres nus et numérotés, prostrés au fond de nos prisons.




Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 22 décembre 2013

Kan ar Chamanez / Le chant de la Chamane



Les rythmes envoûtants de Mari Boine nous font pénétrer dans une ivresse cosmique où le mental n'a plus de place.
Seuls n'existent que l'instant, la perception sensuelle de la nuit, des fourrures animales, du froid de la neige, des astres proches. La sensation vous prend d'appartenir à une entité collective et de participer à un partage sur lequel on ne peut mettre de nom. A cet instant, il n'y a ni avant, ni après mais il y a la Connaissance et la pleine conscience.

Se pourrait-il que de ces envols collectifs naisse enfin une humanité d'amour et de bienveillance ? La musique des Chamans nous y invite.

 Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 18 août 2013

Des ronds dans l'eau...


Dans l'eau qui nous sépare et qui nous réunit
Ainsi qu'îles uniques d'archipel infini,
Dans la mer de la mère, la mer de notre mère,
Silencieux océan d'où émerge la vie,
Dans le vert paradis des amours enfantines
Déjà plus loin pour nous que l'Inde et que la Chine,
Loin du noir océan de l'immense cité,
Loin du fracas stupide, des tourments et des cris,
Des brillantes cascades et des sombres torrents
Qui nous brûlent les yeux et nous soûlent l'esprit,
Notre âme retournera un jour - ou le suivant
Et elle aura plaisir comme hier et avant,
A l'ombre reposante d'un temple japonais,
A y sculpter des ronds très ronds qui glisseront
Si lentement vers notre éternité.

Yann, Soñjoù ar meilher.

lundi 24 juin 2013

La liste de mes envies

Que feriez-vous si, dans la paix de votre vie quotidienne, vous emportiez  brutalement la cagnotte de l'Euromillions ? En moins de deux cents pages qui se lisent d'une traite, Grégoire Delacourt (éd. J.Cl. Lattès) nous raconte une histoire simple en apparence, mais qui nous prend par la main et nous questionne durablement.

Un prétexte pour se demander à soi-même ce que l'on cherche vraiment, ce que l'on souhaite, ce dont on a envie et ce dont on a besoin. Ce qui est nécessaire, ce qui est en trop, ce qui est dangereux, ce qui est mortel.

On sait depuis longtemps que l'argent ne fait pas le bonheur : observer les riches nous le démontre chaque jour. Mais on ne sait pas toujours être au clair avec soi-même sur la source profonde de son propre bonheur : la chance peut vous faire gagner le gros lot de de la Française des Jeux et vous emporter à jamais dans la véritable découverte de vous-même, des autres, de ceux que vous aimez, de leurs vérités et de leurs mensonges, de leur fidélité et de leurs trahisons minables, de leur beauté et de leur face hideuse.

La richesse inattendue agit comme un révélateur : elle provoque dans son sillage, selon ce que vous attendez de la vie, la réflexion salutaire ou la désolation.

Yann, Soñjoù ar meilher.


dimanche 23 juin 2013

Le Logis de St-Pierre

Photo JM Renault

J'ai refait le chemin au Logis de St-Pierre
Pour y trouver peut-être le temps à remonter
Pour y trouver encore les lumières d'une année.

Les coquelicots n'y sont désormais ni gentils ni nouveaux
Escourgeon et folle avoine en ont hélas pris la place
Ne demeure aujourd'hui que le souvenir 
Des pétales rouges de soie froissée.

J'ai surveillé chaque mètre du chemin,
J'ai respiré l'odeur sucrée des foins
Mais n'est pas vu où les routes se sont défaites.

Nos arrêts, nos regards, nos photos,
Se pourrait-il que la vie fut si légère
Qu'elle se soit envolée à jamais ?

J'ai refait le chemin au Logis de St-Pierre,
Pour y trouver peut-être le temps à remonter
Pour y comprendre enfin l'amertume de nos jours.

J'en suis revenu tard
Les mains vides et ridées.

Photo JM Renault


Yann, Soñjoù ar meilher.


samedi 22 juin 2013

Larmes de pluie

Bag e Konk-Kerne - (c) JMR
Même l'acier le plus dur
Connaît le mordant de la blessure
Et donne à voir sa face meurtrie
Noyée de larmes de pluie.


Yann, Soñjoù ar meilher.

mardi 11 juin 2013

Falaise

J'irai au bord de la falaise
Hurler aux mouettes mon dégoût et ma fureur
M'enivrer du sel de la mer
Jusqu'à l'étourdissement.

Tu franchiras les marques au sol
Tu te concentreras sur la marche de tes pas
Tu seras droit.

Je dirai aux vents de galerne
L'odeur du goémon desséché
Décomposé en attente d'un retour à rien.

Et tu fermeras les yeux tout doucement
Tu laisseras ton corps entendre, humer,
Sentir le temps présent.

Je serai déliquescent, je serai gluance,
Je serai l'appât des mouches et des tiques
Comme suite évidente à mon chemin.

Tu te nourriras de l'ouverture de tes chakras
Ta force de vie te tiendra
Tiendra les autres encore.
Tu seras le guetteur et le recours.

J'entends déjà la curée des skuas affamés
Le claquement de leur bec sale
La déglutition lente de mes lambeaux
Le relâchement fétide de leur cloaque.

Tu maîtriseras ton univers
Comme tu as toujours su le faire
Tu la conduiras là où elle doit être
En attente de toi.

Et de mon corps décharné par le ressac et l'assaut des bêtes de mort
Sortira ce que je n'ai jamais dit
Comme une évidence, enfin,
A son regard trop longtemps absent.

Yann, Soñjoù ar meilher.