dimanche 3 juillet 2016

Mue imaginale

Alone, photo JMR
“Au fond, c’est ça la solitude : s’envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours.”





August Strindberg, 
Seul (1903)

samedi 28 mai 2016

De l'art en général, et de la photographie en particulier

Dans PosePartage, Pascal Lando nous propose une réflexion intéressante sur l'évolution récente de la photographie, accélérée par la vulgarisation des outils de prise de vue et, plus encore, par celle des possibilités offertes de retouche et de transformation (Les photographes d'aujourd'hui sont-ils des charlatans ?).

Des considérations qui nous conduisent à revisiter les principes artistiques, et plus généralement à nous demander une nouvelle fois ce qu'est une oeuvre d'art, et ce qu'est son rapport à l'esthétique. En cela, les encyclopédies et dictionnaires ne seront d’aucun secours, l'artiste y étant bien souvent défini comme celui qui conçoit une oeuvre d'art... sans doute cette dernière devant être définie alors comme la création d'un artiste.

Cette méditation bien argumentée nous mène à réfléchir au statut même de la photographie et à avancer un peu dans la réponse toujours fragile à la question du réel et de son interprétation. 

Le photographe est-il un charlatan dès lors qu'il travestit le paysage ou le modèle qui s'offre à son objectif, en une conception nouvelle qu'il nous faut apprécier pour elle-même et non au regard de la scène d'origine ? 

Le vocabulaire commun regorge de qualificatifs lourds de sens : trucages, bidouillages, maquillage,.. Il trahit la représentation que le grand public se fait toujours de la photographie, celle d'un art respectueux du réel, qui nous rapporterait uniquement l'image du vrai et de l'exact.

Et si la vérité, voulue par l'artiste, résidait précisément dans l'interprétation du réel ? A la façon dont l'exprimait l'écrivain allemand Wolfgang Hildesheimer, "La vérité de l'œuvre d’art, c'est celle de l’artiste et non du sujet représenté".

Yann, Soñjoù

vendredi 25 décembre 2015

Qui se souvient de Gabrielle ?

En ce début d'après-midi du mardi 2 septembre 1969, Paul descend la rue de Rennes en compagnie de sa mère. Ils ont fait quelques courses aux Magasins Réunis ou à Monoprix. Peut-être même se sont-ils arrêtés un instant chez l'opticien, auquel la famille de huit possesseurs de lunettes fait abondamment appel.

Arrivés au métro Saint-Placide, leur regard est attiré par les manchettes de quelques quotidiens du soir. Paul distingue mal les grands titres. Sa mère s'arrête un instant, grommelle quelques mots et poursuit son chemin. De cette brève halte, Paul ne comprend presque rien. Du haut de ses quatorze ans, il aimerait savoir ce qui s'est passé et commence à questionner sa mère.

"Pourquoi elle s'est suicidée hier, la prof ?" se demande-t-il à lui-même, n'ayant obtenu de sa mère que des réponses énigmatiques, brèves et sans appel.

On en parle le soir à table, un peu, en famille. On écoute en mangeant les propos assurés d'un père qui sait tout. Paul admire sa science, et considère qu'il a raison, une fois de plus. Oui sûrement, cette enseignante ne méritait plus d'exercer son métier. Sa fin tragique (on ne prononce pas facilement le mot suicide, en famille) met donc un terme, comme un châtiment justifié, à un parcours d'adulte dévoyée.

Fort de ses certitudes, Paul finit son repas, se défile un peu pour éviter de trop aider à débarrasser la table, se rend au rendez-vous de son tortionnaire quotidien (quelques coups de poings dans l'épaule car il a mangé du pain beurre, attention à ne pas crier sinon tu en prends d'autres demain). Bref, une journée habituelle se termine, et Paul se couche puis s'endort sans attention aux ronflements paternels et aux différents bruits des frères qui partagent sa chambre. Il se dit, avant de plonger complètement dans le sommeil, que la rentrée scolaire approche dangereusement. Au moins, pour cette prof dont il ignore le nom, cette rentrée n'aura pas lieu...

Cette enseignante s’appelait Gabrielle Russier. Qui, aujourd'hui, se souvient encore d'elle et qui se souvient de sa fin tragique ? Gabrielle a 31 ans quand, en pleine effervescence de mai 68, elle noue une relation amoureuse et clandestine avec un de ses élèves âgé alors de 16 ans. Une relation réciproque, assurément forte et sincère, à base d'échanges sur la littérature et la révolution en cours. Et aussi, naturellement, d’initiation à la sensualité.

Il fallut une année entière pour que cette liaison, pénalement coupable, éclatât au grand jour. Les parents communistes du jeune élève portèrent plainte pour détournement de mineur. En cette période de gaullisme finissant, de questionnements et de remises en cause des vieux principes, l'opinion publique fut alors saisie par les médias. Et si la France se trouva coupée en deux, sa césure traversa les camps politiques. La vieille garde de droite se déchaîna, et la gauche fossilisée ne fût pas en reste.

Gabrielle Russier fût traduite en justice et condamnée en juillet 1969. Elle voulut faire appel de sa condamnation à un an d'emprisonnement avec sursis, et laver son amour de tout soupçon. Elle n'était pas coupable, mais seulement amoureuse. Depuis quand l'amour aurait-il été condamnable et condamné ?

Le 1er septembre, sans attendre l'issue judiciaire de sa propre démarche, Gabrielle Russier se donna la mort dans son appartement de Marseille. Elle n'aura pas eu le poste que l'Université lui refusait, elle n'aura pas eu son amour, elle n'aura eu que les invectives haineuses d'une France majoritaire qui refusait de faire passer la personne humaine avant les principes moraux.

Son jeune amant Christian fut l'objet de plusieurs tentatives indécentes d'interviews. Il se limita à des propos pudiques, décevant ainsi cette France moralisatrice et voyeuse : "Les deux ans de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait , on l’a mise en prison , elle s’est suicidée..."

La France intellectuelle se réveilla orpheline, non pas tant de Gabrielle elle-même, que de ses propres valeurs et de n'avoir rien tenté. Serge Reggiani le chantera :
Qui a tendu la main à Gabrielle ?
Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d'avoir aimé d'amour
En quel pays vivons-nous aujourd'hui ?
Pour qu'une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

Dans les décombres de ce vol arrêté trop tôt, lourd du silence comme il en règne sur les ruines, quelques voix insolentes se firent entendre. André Cayatte tournera "Mourir d'aimer" en 1971, dont Charles Aznavour signera la bande son : 
Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d'aimer.
Mais c'est à Georges Pompidou, récemment élu président de la République, que reviendra la lourde tâche de répondre à l'inévitable question, posée très opportunément à la fin d'une conférence de presse.

Un silence long et lourd s'installe dans la salle de l'Elysée. Le président sait qu'il est l'héritier d'un pouvoir qui vieillit, mais il veut incarner cette part de la société qui tente de comprendre mai 68, les revendications pour le droit des femmes, pour l'avortement, pour la contraception. Il est lui-même le chantre de l'art moderne, définitivement incompris de la France d'hier. Puis lentement surgit la réponse. 

Ce n'est pas tant le président qui répond, que le normalien et l'agrégé de Lettres. Il cite Paul Eluard. Par ses propos, Georges Pompidou met l'Université en repos avec elle-même, et inscrit le fait divers dans le futur débat sur l'âge de la majorité.


Une page s'est tournée alors, mais qui se souvient encore aujourd'hui de Gabrielle Russier ?

Yann, Soñjoù.

dimanche 13 septembre 2015

La fin des causes désespérées ?

Eglise Ste-Rita (photo JMR)
Si l'actualité est hélas dramatiquement fournie en causes tragiques dont on voit souvent mal l'issue, depuis la fuite des territoires du Moyen-Orient en guerre jusqu'à la destruction d'une immense forêt coréenne pour cause d'accueil des futurs Jeux Olympiques, convenons que les causes désespérées remontent probablement à une époque ancienne, celle qui a vu éclore l'espèce humaine.

Un modeste signal, passé presque inaperçu, aurait du cependant nous donner quelques raisons d'espérer.

Le culte catholique voue en effet une vénération particulière à Sainte Rita, nourrie au berceau par le miel d'abeilles bienveillantes, mariée de force à un soudard, et morte dans la plus grande pauvreté au monastère de Ste-Marie-Madeleine de Cascia. Elle fut canonisée au début du XXème siècle, et considérée comme l'avocate des causes désespérées.

Il existait à Paris jusqu'au mois de mars 2015, au 27 de la rue François Bonvin, une église dédiée à la mémoire de Sainte Rita. Ne cherchez pas ce lieu de culte sur les annuaires des églises catholiques romaines : le culte gallican qui s'y exerçait est ignoré des registres officiels, et l'église Ste-Rita est absente de toute référence. Sans doute les rites qui s'y pratiquaient, notamment la bénédiction des animaux, devaient-ils ajouter une épaisseur supplémentaire au contentieux qui oppose depuis Bossuet les tenants des papistes et les adeptes d'une Eglise française... On le sait depuis longtemps, les religions ne sont pas des fabriques d'amis.

Cette modeste église Sainte-Rita de la rue François Bonvin, promue au rang de cathédrale de l'Eglise Gallicane de Paris, a fermé ses portes dans le silence qui sied à tout décès raisonnable. Pas ou peu de propos médiatique, juste le regret exprimé par quelques uns de ne plus pouvoir désormais bénir son chien, sa tortue, son lapin ou son chameau domestique. 

Paul, dans sa naïveté, avait pensé que la fermeture du lieu de culte était la conséquence d'une élévation du bonheur humain : la fin prochaine des causes désespérées ne justifiait plus le maintien de la mémoire de Sainte Rita et de la pratique de son culte.

De passage il y a peu de temps dans le 15ème arrondissement parisien, à une encablure de la rue Lecourbe où ses souvenirs de jeunesse étaient intacts, Paul avait du revoir son optimisme à la baisse. 

Non, il n'était peut-être pas encore établi que tout allait pour le mieux sur cette Terre, à en croire certains. Les décapitations d'innocents, les fuites radioactives dans l'océan, la disparition quotidienne de langues et de cultures devenues rares, tout ceci risquait de durer encore un peu, le temps que l'homme devienne Homme. Paul pensa que cela prendrait du temps.

La fermeture de cette modeste église n'était pas liée à une inutilité bienfaisante : elle avait été ordonnée par la vente immobilière de ce bien à un promoteur hégémonique. Paul se dit, en quittant les lieux définitivement fermés, que la survie de cette église dans ce pâté de maison constituait elle-même une cause désespérée... Visiblement, l’esprit de Margherita Manchini, dite Sainte Rita, avait définitivement quitté les lieux.

Dans la liste des calamités humaines, Paul ajouta "promotion immobilière". Il ne comprenait d'ailleurs pas comment sa naïveté avait pu le conduire à un tel oubli. Heureusement, il marchait maintenant avec gourmandise rue Lecourbe et s'apprêtait à pénétrer dans le calme hors du temps de la petite impasse de la Villa Poirier. Les causes désespérées attendraient un peu.

Yann, Soñjoù ar Meilher.

dimanche 26 avril 2015

Memory

Paul regardait la télé sans conviction, comme à chacune des rares fois où il le faisait. Cette lucarne lui renvoyait les échos d'un Monde qui ne fonctionne plus, et en même temps les besoins légers et superficiels d'une population qui ne veut plus entendre que tout va mal.

En ce dernier dimanche d'avril, ses pensées empruntaient des chemins tortueux. Beaucoup d'incompréhension stagnait dans son esprit, à l'évocation de la Shoah et de la libération des camps d'extermination, renforcée cette année par le centenaire du génocide arménien. Une incapacité à comprendre la juxtaposition de l'indicible horreur avec le fait qu'elle fut commise par des représentants de l'humanité. Que des personnes cultivées, érudites et soucieuses de vérité, comme son propre père, aient pu nier l'évidence, le faisait sombrer dans un abîme de perplexité sur le mécanisme humain. Cela le renvoyait à des propos entendus quand il était enfant, sur les Juifs et sur les Arméniens. Des phrases terribles qu'il s'efforçait d'oublier et de piétiner, comme on le fait d'une bête immonde qui tente inlassablement de ressortir la tête du tas d'ordure qui l'a vue naître.

Mais il y eut pire encore que d'avoir tenté d'exterminer des peuples, se disait-il. Il y eut la volonté de faire en sorte qu'ils n'aient pas même existé. La disparition des corps par incinération ou par enfouissement dans d'immenses fosses communes trahissait la volonté de faire disparaître toute trace d'existence antérieure.

Le devoir de mémoire est là devant nous, comme une évidence. Il ne rendra pas la vie aux hommes et aux femmes, juifs, arméniens, tziganes, homosexuels, à qui elle fut retirée au seul motif qu'ils étaient juifs, arméniens, tziganes, homosexuels. Mais ce devoir nous rappellera inlassablement qu'ils ont existé.

Paul se rassura en se disant que les générations actuelles et futures auront à cœur de déployer cette mémoire sur le parcours des années et siècles à venir. Il ralluma sa télé, et prit en cours de route une émission sur l'Histoire des Chaldéens et des chrétiens d'Irak.

Yann, Soñjoù.


dimanche 5 avril 2015

Joyeuses Pâques ?

Paul prenait son temps. Un jour de Pâques, il estimait pouvoir s'offrir ce luxe-là. Pendant que le café se faisait doucement, il prit son journal numérique du jour. Très vite, un article attira son attention.

Il apprît qu'à Rennes aujourd'hui, des centaines d'enfants avaient attendu avec impatience le lancement d'une grande opération. Aux aguets, beaucoup d'entre eux avaient scruté d'avance les lieux où ils auraient, dans quelques instants, le plaisir de capturer, en cette journée de Pâques... des figurines Lego.

Des familles étaient venues de toute la ville, et même au-delà. Une maman de Noyal-sur-Vilaine avait levé de force sa progéniture pour profiter de l’événement. Quelles menues violences ne commettrait-on pas pour faire le bonheur des enfants malgré eux ?

Las ! Le désarroi était au rendez-vous, et la colère des uns s'était mêlé au désespoir et aux yeux embrumés des autres : tous avaient du se résigner, après des heures d'espoir léger, à la cruelle réalité. Des figurines Lego, il avait du y en avoir, mais assurément des lève-tôt peu scrupuleux les avaient déjà prélevées avant le début officiel de l'ouverture de la chasse. Un braconnage parental, méthodique et efficace, avait fait disparaître tout espoir pour ces centaines d'enfants de revenir dans leurs chambres avec le moindre trophée.

"Mon fils adore Ninja. Nous sommes venus de Châteaubourg exprès pour la chasse aux œufs : c'est vraiment très décevant et très mal organisé", raconte Isabelle, venue avec ses 3 enfants, au correspondant de Ouest-France présent pour couvrir l’événement. "20 km pour des pleurs et une organisation lamentable...extrêmement déçus par la marque" ajoute Valérie visiblement très remontée contre les organisateurs et la marque de figurines.

Paul posa sa tablette. Il se demanda si certaines mamans n'en viendraient pas à porter plainte contre Lego  pour cette organisation déplorable. Ou si, plus simplement, certains élus généreux avec l'argent des autres n'en viendraient pas à subventionner une nouvelle opération pour soulager les enfants et contenter les mères. Après tout, le bonheur était un droit et il était normal que les pouvoirs publics veillent à sa réalisation, puisqu'une fois de plus on ne pouvait pas faire confiance au capitalisme.

Il se rappela, en entendant le bourdon de la cathédrale, que la fête de Pâques avait quelque chose à voir, peut-être, avec le Ciel. Peut-être encore ? Il ne pouvait pas ôter de ses pensées cet incident ridicule qui avait hélas mobilisé inutilement l'espoir de quelques centaines d'enfants. Quelle image de cette journée, quel sens de cette fête devaient avoir les familles pour en arriver à de telles errances ? Visiblement, les œufs de chocolat ne suffisaient plus, et la bête commerciale avait tenté sans gloire d'aller plus loin.

Entre les œufs et les figurines de Lego, la fête de Pâques était devenue une manifestation païenne, un jour comme un autre, de consommation et de repos. Paul, qui était en pleine forme aujourd'hui, se demanda si un syndicat ne demanderait pas un jour que Pâques soit situé en semaine. Il n'était pas juste que cette fête, située un dimanche, n'autorise pas de repos complémentaire.

Il se souvient alors que le lendemain, le fameux "lundi de Pâques", était férié. Il se rassura pour les syndicats. Et se demanda qui pouvait bien savoir pourquoi ce lendemain était férié. Il pensa que, peut-être, certaines familles en profitaient pour garder au lit les enfants malades des indigestions de la veille. Si Pâques était commercial, le lundi serait médical...

"Et Dieu dans tout ça ?", se demanda-t-il en entendant de nouveau le bourdon de la cathédrale. A quoi bon évoquer la résurrection du Christ, face au poids des confiseurs et de l'industrie du jouet ?

La sécularisation, cette césure voulue pour séparer le religieux de la sphère publique, avait fait son oeuvre. Paul se demanda pourquoi, dans ce cas, la société avait conservé les fêtes religieuses au calendrier de chacun d'entre nous. Ces dates maintenues dans l'environnement public, voyaient leur sens se déliter.

Qu'en sera-t-il demain ? Paul ne se faisait guère d'illusion. Il savait que les religions sont fortes quand elles s'appuient sur des cultures qui leur donnent la force et l'inspiration. Il savait que, lorsque les églises et les cathédrales seront définitivement vides le jour de Pâques, il y aura des gens à demander l'arrêt de ce bourdon qui réveille inutilement les enfants. Tout au plus gardera-t-on, loin de la ville, un clocher numérique à l'entrée d'un écomusée pour que les jeunes générations découvrent... quoi au juste ?

André Malraux avait prétendu que le vingt-et-unième siècle serait religieux, ou ne serait pas. Même si l'auteur avait vaguement contesté avoir prononcé cette phrase, Paul se dit que l'écrivain avait ouvert la voie à deux hypothèses, sans qu'il soit possible encore d'en valider une. Le religieux, paradoxalement, inondait désormais les médias et désertait la culture.


Yann, Soñjoù.

lundi 1 septembre 2014

Éloge de la diversité

Le rouleau compresseur avance un peu plus chaque jour.


Tandis qu'une monoculture imposée de l'esprit tronçonne régulièrement les branches des vieux arbres enracinés dans l'origine du Monde, nous assistons à l’appauvrissement de la diversité humaine.
Bien avant l'irruption des fast-foods dans notre quotidien, bien plus gravement que la domination des semences de Monsanto qui impose ce que doit être le génome unifié de nos productions agricoles, de la Zambie au Tadjikistan, l'espèce humaine s'est dotée des moyens de sa propre destruction.

Nous connaissions l'horreur de l'existence des chambres à gaz, des bombes d'Hiroshima et de Nagasaki, des conflits d'hier et d'aujourd'hui.

Mais il est des pertes humaines discrètes, minuscules, dont personne ne parle... Qui s'exprime encore aujourd'hui en Wukchumni ? Qui peut attester aujourd'hui du génie propre de cette langue utilisée par moins de 150 personnes, héritières des grandes peuplades indiennes dont les chants faisaient avant-hier vibrer les plaines de la Californie ?

Une étoile s'éteint en silence dans le firmament de notre culture. 

Je refuse que le Monde de nos petits-enfants soit celui d'une langue unique, d'une culture unique, d'une télévision unique, d'un Internet homogénéisé. Je refuse qu'on se taise sur la mort d'un chef d'oeuvre. Je refuse l'anéantissement du génie humain et de sa diversité. Je refuse qu'en vingt ans, la force de l'ignorance puisse anéantir ce que l'Homme a construit en deux millénaires...

Car c'est de la fécondation des différences que naît l'éblouissement.

Je suis né rebelle, je mourrai rebelle.





Yann, Soñjoù.

dimanche 9 février 2014

Soldat






Augustine, le prénom de ma propre grand-mère... Et mon grand-père Jean-Baptiste au front, de retour bientôt... ou plus tard. Couché à terre dès le début de la guerre, dans la Marne, un éclat d'obus dans les reins. Ne se souvenant de rien, ayant juste à dire que les Boches en ont vu de pires encore... Dieu, que la guerre est laide et que ce clip est beau !


Yann, Soñjoù.

lundi 3 février 2014

Aimer

« Aimer, c'est essentiellement vouloir être aimé. »

Jacques Lacan (1901-1981)


"Vous avez quatre heures. On ne sort pas avant la fin de la première heure. On range sa calculatrice. Et j'aimerais un peu de silence là-bas..." ordonna le surveillant de salle.

Les meilleures conditions étant enfin réunies pour aborder sereinement la question posée, le public adolescent présent dans la salle d'examen put se concentrer peu à peu sur un sujet dont le seul enjeu consistait à obtenir une bonne note. L'amour, on verra après.


Yann, Soñjoù ar meilher.

dimanche 2 février 2014

Prison

Luis Royo est un dessinateur espagnol célèbre pour ses portraits inquiétants, maléfiques, parfois sensuels, toujours impressionnants.

Son univers est peuplé de femmes souvent engagées dans des combats contre des dragons ou des guerriers, dans une éternelle pénombre où veille un danger permanent.


Le monde qu'il nous dépeint n'est pourtant pas aussi imaginaire qu'on pourrait le penser. Il est des jours, peu différents des autres, où l'on se dit que nous sommes, nous aussi, des êtres nus et numérotés, prostrés au fond de nos prisons.




Yann, Soñjoù ar meilher.