samedi 14 janvier 2012

Au ventre du nuage se dessine l'oasis où j'entendrai enfin mon nom

Annaig Renault est et restera toujours parmi nous, toujours en quête. Et nous partagerons toujours ensemble avec elle cette quête commune, cette recherche du chemin intérieur.

On pourrait évoquer bien sûr ses traits de caractère qui nous ont tant marqué : sa bonté et son amour, sa finesse d’esprit et sa grande sensibilité, sa grande volonté dont elle a témoigné jusqu’à la fin, et puis sa grande intelligence.

Mais ce que nous retiendrons aussi, c’est sa quête personnelle, sa recherche permanente du sens à donner à notre vie, à nos origines, à notre destinée.

Annaig a écrit comme en écho à une photo de Pierre Denniellou :
« Des terres oubliées du passé, un chant monte et s’évanouit,
Offrandes aux dieux qui nous ont enfantés
L’œil du poète qui en sait lire la trace
raconte l’odyssée de temps qui ne sont plus
Passagers clandestins aujourd’hui
des objets pleurent notre mémoire enfuie…
 
Serions-nous en exil de nous-mêmes ? »
Elle a fait de l’écriture en général, et de l’écriture en langue bretonne en particulier le média principal de cette quête. Dans un texte qu’elle m’avait adressé il y a quelques années et dans lequel elle abordait la question de ce choix, elle disait :
 « Je crois chercher dans l’écriture en breton un lien à ma grand’mère paternelle, originaire du Goëlo. Je n’ai jamais eu l’occasion de parler de sa langue maternelle avec elle ni mes parents apparemment, qui avaient pourtant fait le choix d’apprendre le breton dans leur exil parisien. Je n’avais que douze ou treize ans quand elle est décédée. Et, sans doute, chacune des pages que j’écris est-elle un pas vers elle, pour la découvrir enfin, elle qui, me semble-t-il, m’aimait bien ? »
Elle poursuivait :
« Comment le breton ne serait-il pas, en effet, un outil privilégié pour que l’auteur avance vers lui-même, vers l’autre de lui-même, le « soi-même comme un autre » ? Il ne se serait pas approché en vérité, de cette façon si spécifique, dans un autre idiome, quel qu’il soit. « Car la langue n’habille pas la pensée, elle est la pensée, elle fait la pensée  (Rachel Ertel dans « Brasier de mots »)» .
Et Annaig ajoute, en parlant de la langue :
« Chacune de celles qu’un écrivain maîtrise et utilise est une porte vers son chemin intérieur. (...) Chaque langue apporte une ou plusieurs réponses spécifiques à la question du sens de la vie. Chaque langue précise son univers. Le vocabulaire concernant l’eau et la pluie dans l’œuvre de Maodez Glanndour est phénoménal et cherche vainement son équivalent en français. »
C’est bien cette recherche du chemin personnel, du lien entre le passé et le devenir mais aussi du lien entre les différentes composantes de soi-même qu’exprimait Annaig, dans leur sens à trouver, dans leurs multiples dimensions, à la fois individuelles et intergénérationnelles.

Pour reprendre le titre d’un magnifique poème de Maodez Glanndour, j’aime à penser qu’Annaig poursuit aujourd’hui et pour toujours son Imram, cette odyssée des Celtes, cette navigation céleste vers Tír na nÓg, la terre de l’éternelle jeunesse qui nous réunira tous un jour.
Dans ce long poème, Maodez Glanndour a écrit :
Pa urzhie ar Furnez, er penn kentañ, derezioù ar boudoù,
P'edo ar Verb o stummañ pep tra diouzh e Skeudenn,
E chome difiñv ar Grouadelezh, disliv ha maro,
Betek ma teujout, galloud ha nerzh,
Ar stered a oa mut, an heol a hune disneuz,
Kleuz e vane ar furmioù
Betek ma teujout daveto.
Hag e plavjout warno galloudek.
'N ur zerc'hel anezho en astenn da zivrec'h,
Ha da dal ouzh tal ar bed,
Gant da vrennid ouzh e vrennid,
Gant da c'henou ouzh e c'henou,
E siljout ennañ da c'hwezh,
Hag ar vuhez a dridas ennañ.
(Quand la sagesse au commencement ordonnait les degrés des êtres
Quand le verbe façonnait toutes choses à son image,
La création restait sans mouvement, sans couleur, sans vie,
Jusqu’à ce que tu vins, puissance et force.
Les étoiles étaient muettes, le soleil endormi et sans beauté ;
Les formes restaient vides
Jusqu’à ce que tu vins en elles,
Et puissant, tu planas sur elles
En les tenant dans l’étreinte de tes bras
Et ton front contre le front du monde,
Ta poitrine contre sa poitrine,
Ta bouche contre sa bouche,
En lui pénétra ton souffle
Et la vie tressaillit en lui. )
Comme en écho à cette vie qui tressaille enfin sous la plume de Maodez Glanndour, un poème d’Annaig accompagne une magnifique peinture de Yves Grandjean :
« Le temps est-il venu
de la flamme et du verbe ?
au ventre du nuage
se dessine
l’oasis
où j’entendrai enfin mon nom…
 
Alors je pourrai naître. »
Kenavo dit, ma c’hoar karet. Ro deomp an nerzh hag ar sklerijenn.


Yann, Soñjoù ar meilher.

3 commentaires:

  1. Ya, pep dañvez a zo skañv bremañ eviti. Hag e chom ur goulou bras em spered.

    RépondreSupprimer
  2. Aet kuit re abred... ha laouen on, koulskoude, da vezañ graet anaoudegezh ganti. Ur vaouez hegarat, ur skrivagnerez heverk... Brav-kenañ ha fromus a gav din ar pezh 'teus skrivet amañ. Trugarez.

    RépondreSupprimer

Mon commentaire sur ton blog.